FOOTBALL-THE-STORY, les légendes du foot

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1966, Le jour où on a volé la Coupe du Monde

Trophée Jules Rimet de la Coupe du Monde 1966.jpg
1966, Le jour où on a volé la Coupe du Monde

 

Le 30 juillet 1966, la sélection anglaise soulevait le Trophée Jules Rimet après avoir battu l’Allemagne en finale de sa Coupe du Monde. Une fête qui aurait bien pu être gâchée pour Bobby Moore, Bobby Charlton et leurs coéquipiers. Car quelques semaines plus tôt, le 20 mars, ce trophée disparaissait. Récit d’un vol qui a mis l’Angleterre sens dessus-dessous.

 

En prévision de la compétition à venir, la FA est en possession du trophée tant convoité dès le mois de janvier 1966. Elle le conserve dans son siège de Lancaster Gate, à Londres, mais permet qu’elle soit exposée, généralement quelques heures, lors d’expositions ou d’événements publicitaires se déroulant dans la capitale. C’est ainsi qu’elle est approchée par la société Stanley Gibbons, une maison d’édition philatélique britannique. Fin février, la FA accepte que le trophée Jules Rimet soit exposé par cette société lors de l’événement Stampex, dont l’édition met à l’honneur "Le sport et les timbres."
 
Ce prêt inclut plusieurs conditions imposées par Sir Stanley Rous, le président de la FIFA. Parmi elles, la contraction d’une assurance d’une valeur de 30 000 livres, quand la valeur réelle du trophée n’est que de 3 000 livres, et surtout son maintien dans un cube de verre fermé, et la présence non-stop obligatoire d’au moins un garde dans la pièce où il est exposé.
 
L’exposition ouvre ses portes le 19 mars, dans la plus grande église méthodiste de Londres, Central Hall de Westminster. Le soir même, à la fermeture de l’exposition, les quatre gardes en uniforme se séparent en deux paires pour effectuer leurs tournées nocturnes. Le lendemain, un dimanche, l’église n’ouvre que pour le service religieux. L’exposition n’est pas accessible au public. Les gardes continuent leurs rondes, et découvrent à 12h10 la boite de verre vide. Le trophée vient d’être volé. Autour de lui, les timbres, d’une valeur totale de 3 000 000 livres n’ont pas été touchés.
 
Ce dimanche 20 mars, l’Angleterre toute entière est sur les dents. Les détectives de Scotland Yard interrogent tous les témoins potentiels et inspectent les lieux. Les voleurs ont ouvert depuis l’extérieur les portes de l’arrière du bâtiment. La barre de bois les tenant fermées et retrouvée au sol. Les crochets la retenant ont en fait été dévissés de l’extérieur ! Ils ont ensuite retiré le cadenas de la boite vitrée et ont pu repartir avec le trophée sans avoir été remarqués. Seule une personne dit avoir remarqué un homme à l’allure étrange au téléphone alors qu’il allait aux toilettes durant l’office.
 
Le lundi matin, le monde entier a appris la nouvelle. Tenante du titre, la fédération brésilienne accuse publiquement son homologue britannique. Les Brésiliens parlent d’un "sacrilège" et précisent qu’un tel acte n’aurait jamais pu avoir lieu dans leur pays. On y aime trop le football, même les voleurs, argumentent-ils! L’année 1983 ne leur donnera pas raison…
Ce n’est cependant pas la première fois qu’un trophée de football est dérobé en Grande-Bretagne : en 1895, la coupe de Football Association, alors détenue par Aston Villa, a été volée dans un magasin d’articles de sports à Birmingham. Elle n'a jamais été retrouvée et a du être remplacée.
 
Ce même jour, Joe Mears, président de la FA reçoit un coup de fil anonyme. Un homme se faisant nommer Jackson, lui promet un colis pour le lendemain. Effectivement Mears reçoit dans la matinée suivant un colis à son domicile. Celui-ci contient une partie amovible du trophée et des instructions : une rançon de 15 000 livres à remettre en petites coupures, l’interdiction de prévenir la police, sans quoi le trophée sera fondu, et la réponse à donner dans les petites annonces du journal "Evening News".
 
Passant outre les menaces, Mears contacte la police londonienne. Celle-ci organise la remise d’une (fausse) rançon, au cours de laquelle Jackson tente de s’échapper mais est repris. Ramené au commissariat, il est reconnu par le témoin qui avait dit avoir vu un homme suspect, et identifié. Il s’agit d’Edward Betchley, un petit voleur de voitures sans envergure. Problème, celui-ci a tenté de s’échapper sans avoir le trophée sur lui. Son arrestation n’avance donc en rien l’enquête. D’autant plus que Betchley, après avoir clamé son innocence, dit avoir agi pour quelques centaines de livres pour une personne dont il ne connaît pas l’identité. Le trophée Jules Rimet reste donc introuvable. Il le reste toute la semaine, malgré des recherches dans tout le pays, dans une anxiété toujours plus grande.
 
Le dimanche suivant, David Corbett sort se promener dans son quartier de Beulah Hill, dans le sud-est de Londres, avec son chien Pickles. Ce dernier s’arrête soudainement et renifle sous une haie. "Le chien a attiré mon attention vers quelques chose, expliqua Corbett dans une interview donné en 1990. Je pensais que c’était une bombe, parce que l’IRA était très active à cette époque. C’était fermement emballé dans du papier journal. Je me suis aperçu en ouvrant qu’il s’agissait d’une petite statue. J’ai enlevé le papier en bas du socle, et au fur et à mesure, j’ai vu les noms Allemagne, Uruguay, Brésil. Comme je suis un fan de foot, je savais que le trophée avait été volé. J’ai sauté dans ma voiture et je suis allé au commissariat. "
 
David Corbett et son chien Pickles.jpg
 
La nouvelle se propage aussi vite que la semaine précédente, lors de la disparition du trophée. Pickles et son propriétaire deviennent des célébrités nationales. Après avoir passé une nuit au poste en tant que suspect numéro un, David Corbett reçoit 3 000 livres de récompense et assistera au dîner des joueurs après la finale remportée par l’équipe anglaise tandis que Pickles, traité en héros, apparaîtra dans divers films et émissions télé. Reconnu coupable du vol du trophée, Edward Betchley est lui condamné à deux ans de prison. D’ailleurs, la coupe brandit lors de la victoire sur le balcon du Palais royal par les footballeurs pourrait bien être la réplique, selon le Financial Times qui publie une longue enquête à ce sujet en 2006. Le journal écrit : "les autorités britanniques voulaient garder le vrai trophée en sécurité. Ce soir-là, les joueurs anglais ont brandi la réplique. Personne ne remarqua la différence. "
 
Coupe du Monde 1966.jpg
 
Toujours selon le quotidien financier britannique, quand les Anglais rendent la coupe pour la compétition suivante, en 1970, ils donnent la réplique. La rumeur courrait que la vraie coupe aurait été conservée par le bijoutier, celui–là même qui en a fait une copie en urgence après le vol lors de l’exposition de timbres. À sa mort, en 1997, sa famille a mis aux enchères ce trophée, acheté par… la FIFA, qui s’est ensuite rendue compte que le trophée était faux. Impossible de savoir, conclut le journaliste du Financial Times, où est le vrai trophée !!!
 
Quant au trophée Jules Rimet (vrai ou faux?) donné par les anglais, il sera remporté quatre ans plus tard par le Brésil pour la troisième fois. Les Brésiliens pourront en récompense le garder définitivement, mais, ironie du sort, se le feront dérober en 1983. Il n’a plus été revu depuis.


20/03/2020
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